Le 15 septembre 2018, à l'invitation de la mairie de La Croix-en-Touraine, et en présence de nombreuses personnalités, élus et descendants André, a été fêtée l'inscription de la maison familiale d'Edouard et de René André au label Maisons des illustres, délivré par le ministère de la Culture.

Capture d’écran 2018-09-20 à 06© Nouvelle République du Centre, 19 septembre.

Plusieurs discours ont célébré cette distinction et rappelé combien cette maison et son parc reflétaient en effet l'oeuvre et la carrière d'Edouard André, comme le montraient également différents documents sortis spécialement afin que les habitants et visiteurs puissent découvrir des témoignages de cette vie familiale et professionnelle menée en Touraine par le paysagiste.

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Nous reproduisons ici le discours de Florence André

15 septembre 2018 : Dévoilement de la plaque ‘Maison des Illustres’ comprenant l’ensemble formé par la Mairie de La Croix-en-Touraine et le Parc Edouard André, ancienne demeure des paysagistes Edouard et René André.

Je tiens à remercier tout particulièrement les élus et les responsables associatifs qui ont participé à la constitution du dossier de candidature à ce label national, preuve de leur confiance et de leur intérêt à la fois pour ce lieu et pour ce qui en émane, afin de le faire connaître à un plus large public. 

Je remercie également le Ministère de la Culture  qui a souhaité décerner  ce label à cet ensemble particulier empreint de la mémoire d’un passé prestigieux dans le domaine de l’horticulture et du paysage qui rayonne encore à travers le monde.  Et pour illustrer les propos qui vont suivre, j’ai préparé une exposition de documents originaux issus des archives des diverses branches familiales que je serai heureuse de vous commenter.

Suite au succès de son premier grand chantier international, le parc public de Sefton à Liverpool, le paysagiste-botaniste Edouard André (1840-1911) acquit le jour de ses trente et un ans, le 17 juillet 1871, la propriété de campagne d’une surface de 3 hectares 33 ares de feu le député César Bacot, située à ‘La Croix-de-Bléré’, dans la vallée du Cher, avec l’idée de s’y installer complètement,  suite aux événements liés à la guerre de 1870 et à l’agrandissement de sa jeune famille. 

Situation idéale, proche de la ligne ferroviaire créée en 1868 reliant Tours à Vierzon, qui devait faciliter ses déplacements professionnels.

De même, l a nature du sol alluvionnaire lui laissait augurer de bonnes conditions de culture, élément  important pour son métier.

La proximité avec les différentes propriétés de la vallée du Cher dont il avait dessiné les jardins et avec  leurs propriétaires dont certains étaient devenus de véritables amis  constituait un élément cher à son cœur. 

Le charme de cette maison de maître accueillante permit à sa famille de s’y retrouver harmonieusement et d’y vivre de façon saine et ancrée.

Lui-même pouvait pratiquer son art et mettre en œuvre  ses recherches et observations culturales dont il rendait compte régulièrement dans les revues professionnelles auxquelles il contribuait, dont la Revue Horticole qu’il dirigea plus d’une dizaine d’années. On peut lire qu’il échangeait régulièrement des végétaux avec ses collègues à travers le monde.

A Lacroix, il pouvait  pratiquer son art de dessiner les jardins qui trouvait là un bon terrain d’expérimentation  des principes qu’il élabora dans son Traité général de composition de l’Art des jardins, publié en 1879 : animer ce terrain sans relief, par son art des vallonnements, des cheminements, par la création de nombreux points d’intérêts, de salons de verdure, l’utilisation de l’eau et de ses effets avec la présence de plusieurs petits cours d’eau suscitant la création de pièces d’eau. Tous ces lieux de bien-être, ces surprises ménagées successivement au regard, l’intérêt des végétaux, la nuance de leurs couleurs témoignaient d’un art de vivre harmonieux qui lui ressemblait.

L’intérêt pour les plantes tropicales développé lorsqu’il était jardinier principal à la Ville de Paris (1860-1868) en charge des serres s’était exacerbé lors de son voyage d’exploration botanique dans les pays andins en 1875-76. Aussi, à Lacroix, il élevait des orchidées et des broméliacées dans ses serres  chauffées et en ornait régulièrement sa maison.

Vers la fin du XIXe siècle, la passion des plantes alpines qu’il introduisait dans les jardins qu’il réalisait lui donna l’envie de créer un jardin alpin à Lacroix et dont la trace ne demande qu’à revivre.

De même, en 1899, la création de la Roseraie de l’Haÿ pour le collectionneur Jules Gravereaux , premier jardin monovariétal, et collection scientifique qui sert de modèle à travers le monde, l’inspira pour créer sa propre roseraie dans son jardin. Cette roseraie, aujourd’hui disparue,  a inspiré le nouveau propriétaire, la mairie de la Croix-en-Touraine, qui a souhaité réintroduire une roseraie dans l’ancien potager dont la structure en carrés bordés de cordons de pommiers  a été préservée. Cette roseraie est choyée par le public.

Cet ensemble, qui a été la propriété du paysagiste Edouard André, a été agrandi au fil des années par lui-même, puis par son fils l’architecte-paysagiste et ingénieur-urbaniste René-Edouard André au cours des décennies suivantes. Georges-Edouard André, fils aîné  de René André  a pris la suite pendant 30 ans. Une indivision familiale a  géré la propriété pendant encore une quinzaine d’années, prenant soin de continuer à planter des arbres au fur et à mesure de la disparition des sujets anciens afin d’assurer la pérennité du jardin. Suite au décès de Madame Georges André, la propriété a été vendue. Seule la partie ajoutée est restée en des mains privées. La famille André a mené l’ensemble de cette propriété pendant 130 ans, ce qui est assez exceptionnel en Touraine.

Le XXIe siècle lui a ouvert un autre destin, avec les contraintes inhérentes à l’ouverture au public, mais aussi avec les richesses liées à un lieu de vie et d’échanges multiples, dont on a pu avoir un exemple lors de la dernière Fête du Parc, moment de convivialité exceptionnel, qui revient chaque année et qui motive de nombreuses personnes depuis 2002.

Cet ensemble fait l’objet de véritables ‘pélerinages  jardinesques’, pour des gens venant de  tous les horizons qui trouveront avec ce label et son guide un appui bien documenté pour venir le découvrir.  Enfin, il forme un véritable laboratoire de réflexion sur les problématiques actuelles en matière de jardins, et, qui plus est, de jardins historiques,  qu’il s’agisse de l’eau, de l’économie d’énergie et de moyens ou de l’essor des parasites multiples,  qui appellent des réflexions et actions croisées avec les autres acteurs dans ce domaine pour trouver des solutions pérennes et respectueuses de la biodiversité.                                                               Je vous remercie.